Et si c'était nous ?
28 février 2019

On est d'accord, le sujet d'aujourd'hui n'a rien à voir avec ceux abordés habituellement sur le blog..

 

L'article est assez long, je vous conseille de le lire en plusieurs fois pour ne pas vous faire des nœuds au cerveau!

 

Nous avons essayé de retirer certaines questions mais les avons réinsérées car toutes ces informations nous semblaient essentielles !
 

Depuis quelques semaines, il m'arrive régulièrement de prendre part aux conversations concernant l'immigration en France .


Il faut dire que l'une de mes amies, Julie, travaille dans un Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA) et qu'elle me parle souvent de la demande d’Asile et des parcours terribles pour arriver en France.


J'ai aussi pu participer à un atelier en compagnie de demandeurs d'asile (DA) et ils se sont avérés être des personnes très touchantes. Grâce à tous ces points, j'ai l'impression de connaître un peu le sujet.


Réfugié, demandeur d'asile, immigration politique, immigration économique .. Il y a de quoi se mélanger les pinceaux alors j’espère que cet article pourra vous être utile !


Certains relatent des informations trouvées, lues sur les réseaux sociaux dont les sources ne sont pas vérifiées, ou vues aux informations télévisées, balancent des préjugés, font des amalgames plutôt négatifs..


Et je dois dire que ça me met un peu en colère et me questionne pas mal.


Tapent-ils sur les bonnes personnes ? ( Peut-être que chacun devrait se renseigner sur les avantages financiers de nos chers hommes politiques pendant et après leurs mandats, avant d'accuser les plus faibles qui reçoivent des aides de l’État.. )


Ces hommes, ces femmes et ces enfants, ces familles, sont des humains comme vous et moi. Ils sont juste nés ailleurs, dans un autre pays, avec une autre culture, d'autres lois. Nous avons la chance de vivre dans un pays en paix où nous avons la liberté de nous exprimer. Pas eux.


Avant la guerre ou la persécution, ils avaient une vie dans leur pays et sans ces événements, ils seraient restés "chez eux".  Ils avaient des projets, des rêves et changer de pays ne faisait sûrement pas partie de leurs plans. Leur projet de vie initial n'est pas d'être demandeur d'asile ..  Ici, ils  ne possèdent quasiment plus rien. Ils ont perdu des amis, de la famille, leur foyer, leur emploi, et bien souvent gardent de nombreux traumatismes de ce qu'ils ont vécu.  Qui voudrait vivre ça au quotidien?


Comme vous pouvez le remarquer, le sujet de  l'immigration semble important pour moi …

 

Peut-être parce que je suis issue de celle-ci . Mes grands-parents vivaient au Maghreb avant d'arriver à l'âge de vingt ans en France pour des raisons politiques et économiques.


Il va sans dire que c'était une autre époque avec des problématiques différentes…


Mon amie Julie a beau me donner régulièrement des informations (à ma demande), j'ai une petite mémoire et n'ai donc souvent pas la répartie nécessaire, ni les chiffres que je ne pratique pas au quotidien,  pour répondre à mes interlocuteurs concernant ce sujet !


C'est pourquoi j'ai décidé de l'interviewer, ainsi , chacun pourra trouver ici les véritables chiffres et informations concernant un DA sur le territoire français et réfléchir à son opinion sur le sujet !

-Bonjour Julie ! Peux-tu te présenter  ?

 


Bonjour ! J’ai 30 ans et je suis Conseillère en Économie Sociale et Familiale. Vous ne connaissez peut-être pas mais pour faire simple, je suis travailleur social, comme une assistante sociale ou une éducatrice spécialisée.

 

Je travaille dans un Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA), depuis 3 ans, qui se situe dans une ville de 18 000 habitants en milieu rural. C’est un centre d’hébergement pour des personnes ayant déposé une demande d’asile en France. Avant, j’ai travaillé avec des bénéficiaires du RSA, des bénéficiaires des allocations chômage, des salariés…


Je ne prétends pas tout savoir. Je vais juste essayer de vous donner les informations que je connais par mon travail et par des recherches personnelles.


Pour cet article, je vais beaucoup me baser sur mon expérience passée. Une nouvelle loi (la loi asile 2018 qui change certaines choses sur la procédure et sur les conditions d’accueil) est entrée en application en début d’année mais je n’ai pas vraiment de recul pour la détailler. Ce que je peux en dire c’est que la politique se durcit et que les conditions d’accueil sont mises à mal.


-Pour commencer, peux- tu nous donner une définition des migrants politiques et une autre des migrants économiques?

 


Alors d’abord le terme migrant. On l’entend partout tout le temps mais en fait, ça ne veut rien dire juridiquement. Ça signifie juste des gens qui migrent, qui changent, partent ou arrivent dans un autre pays… donc on ne sait pas pourquoi ni où ni comment,… si demain je pars en Afrique du Sud je serai une migrante.


Ce qu’on appelle souvent un migrant politique, c’est une personne qui va quitter son pays pour des raisons politiques . En arrivant en France, ou dans un autre pays, elle essaiera sans doute de demander l’asile, demander la protection du pays où elle arrive. Une personne demande l’asile parce qu’elle risque de mourir, ou d’être persécutée (à cause de sa religion, de son sexe, de son appartenance à un groupe ethnique, de son orientation sexuelle, de ses convictions politiques) et que son pays ne peut pas la protéger, voire est en cause dans ce risque. Elle sollicite donc une protection du pays où elle demande l’asile, par exemple la France. En France, c’est l’OFPRA (Office Français pour la Protection des Réfugiés et des Apatrides) qui prend la décision de protéger ou non la personne. Si l’OFPRA décide de la protéger, elle obtient le statut de réfugié ou alors ce qu’on appelle la protection subsidiaire. Elle n’est donc plus demandeur d’asile et peut travailler, construire sa vie en France.


Ce qu’on appelle souvent un migrant économique est une personne qui part pour trouver un emploi, de meilleures conditions de vie... Parce que la vie est difficile dans son pays, parce qu’il ne trouve pas d’emploi, pour faire vivre sa famille,… En arrivant, ces personnes n’ont aucune ressource, aucune aide de la France, en dehors du travail si elles en ont l’autorisation. Elles font une demande de titre de séjour auprès de la préfecture. C’est la Préfecture qui décide si la France donne un titre de séjour, pour combien de temps et s’ils peuvent travailler. Tous les titres de séjour n’autorisent pas à travailler.


Ce type d’immigration est très développé et dans les deux sens. C’est à dire que beaucoup de français vivent à l’étranger et que la France a fait venir beaucoup de personnes pour la reconstruction d’après-guerre et encore aujourd’hui pour occuper des postes où l’on manque de personnel, par exemple au niveau médical.


L’immigration, qu’elle soit économique ou politique, touche à la fois des familles et des personnes isolées (hommes, femmes, mineurs).
Pour finir, attention, si je ne vous ai pas trop embrouillés, vous aurez peut-être compris que lorsqu’on entend parler de réfugiés économiques, réfugiés climatiques,… eh bien  ça ne veut rien dire. Un réfugié est une personne qui a été demandeur d’asile. L’immigration économique ou climatique ne correspond donc pas au même public.
 

-Nous évoquerons ici le cas des migrants politiques. Peux-tu nous retracer dans les grandes lignes, le parcours d'une famille qui pourrait se retrouver au sein d'un CADA français?

 


Les familles arrivent en France par différents moyens. Certains arrivent en avion directement et d’autres marchent, naviguent, courent,...Ceux-là ont souvent des parcours migratoires de plusieurs années.

 

Lorsque les personnes arrivent en France, elles se dirigent souvent vers des associations, une Préfecture ou d’autres services. Ça peut également être les services de l’État ou associations qui viennent aux gens.

 

On les oriente alors vers ce qu’on appelle une PADA (Plateforme d’Accueil pour Demandeurs d’Asile) s’ils veulent déposer une demande d’asile, puis au GUDA (Guichet Unique pour Demandeur d’Asile). On prend leurs empreintes, et on évalue leur vulnérabilité. On leur donne un dossier de demande d’asile qu’ils doivent remplir en français. Ce dossier est à envoyer à l’OFPRA.

 

On leur présente également ce qu’on appelle les conditions matérielles d’accueil. Il s’agit de l’Allocation pour Demandeurs d’Asile (ADA) et d’une place en hébergement (CADA par exemple). Après cela, il y aura ou non une proposition d’hébergement, selon la vulnérabilité et les places disponibles.


En attendant une place en structure d’hébergement, certains sont hébergés par un tiers, d’autres sont dans la rue, parfois pendant toute la durée de la demande d’asile.


L’OFPRA va les entendre sur leur vie, leur parcours et les raisons de la demande d’asile. Si l’OFPRA juge que les personnes sont en danger dans leur pays, elles deviennent bénéficiaires d’une protection internationale (réfugié ou protection subsidiaire). Si l’OFPRA refuse, les personnes peuvent faire un recours auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA).

 

La Cour va entendre les personnes et évaluer le risque pour la personne de retourner dans son pays. Si la Cour juge que les personnes sont en danger, elles obtiennent la protection internationale. Sinon, les personnes sont déboutées de leur demande d’asile et deviennent donc « sans papier » (situation irrégulière).
 

-Les CADA ne sont pas les seuls établissements sociaux qui peuvent accueillir un DA, quels sont les autres ?

 

 


Pour vous donner une idée, j’ai trouvé des chiffres :

 

 


Il existe :


- les CADA (Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile), 39  697 places


- les HUDA (hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile) : 14 761 places


- les AT-SA (accueil temporaire-service de l’asile) : 5 671 places


- les CAO (Centre d’accueil et d’orientation) qui sont pour tout étranger qui arrive en France, donc ne sont pas spécialisés pour les demandeurs d’asile : 11 959 places


- les PRADHA (place d’hébergement en programme d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile) : 5094 places


Comme ça, ça peut sembler beaucoup peut-être mais beaucoup de personnes sont à la rue et dans des camps, par manque de places. Ces personnes, qui sont à la rue, bénéficient d’un accompagnement minimum mais, clairement, les conditions d’accueil selon les lieux et structures (ou non) n’offrent pas les mêmes prises en charge pour les personnes. Donc pas les mêmes chances.

 

-Un DA peut-il demander un CADA ou un centre d'hébergement en particulier ?

 

 


Non, les propositions d’hébergement sont faites par l’OFII (Office Français pour l’Immigration et l’Intégration). Elles peuvent être sur tout le territoire. Par exemple, nous avons pu accueillir des personnes qui se trouvaient à Marseille, Lyon, Calais,… Les personnes n’ont pas le choix. Si elles refusent l’hébergement proposé, il n’y a pas d’autre proposition et on leur coupe l’Allocation pour Demandeur d’Asile qui leur permet de s’alimenter.

 

-La légende veut que principalement des hommes migrent vers notre pays, est-ce vrai selon toi ?

 

 


C’est compliqué de répondre à cette question, notamment parce que cette légende mélange immigration politique et économique. Tout d’abord, les hommes ne cherchent pas forcément à atteindre la France… Ensuite, nous accueillons aussi bien des hommes isolés, des femmes isolées et des familles. Il y a en effet des hommes qui partent seuls mais pour des raisons bien précises. Les parcours pour venir sont dangereux et notamment pour les femmes et les enfants. Les parcours migratoires nécessitent souvent une bonne condition physique puisqu’il faut parfois marcher pendant plusieurs jours, semaines. Il y a également le passage par des zones de conflit qui rend dangereux le parcours bien entendu.


Il y a beaucoup de risques sur le parcours migratoire. On connaît bien sûr les noyades puisque ce sont les images relayées par les médias, mais il y a beaucoup de risques autour de violences sexuelles, de traite des êtres humains (esclavage, vente, prostitution)… 

 

Malheureusement, ces risques là sont peu abordés et pourtant très présents. Il y a des lieux et des pays bien connus pour ça. On entend beaucoup parler de la Libye. Certains spécialistes disent que ces lieux, et notamment en Libye, correspondent aux camps de concentration de 39-45. Les personnes que l’on accueille en parlent parfois mais souvent très peu. Quand le mot «Libye » est entendu, on sent le malaise s’installer. Tout le monde sait que ce qu’il se passe dans ces zones est inhumain…


Les parcours sont traumatisants et souvent longs. J’accompagne beaucoup de personnes parties depuis plusieurs années de chez elles. Certains sont partis très jeunes, parfois mineurs et arrivent majeurs.


Pour finir sur cette légende, je dirais que les hommes mariés, avec des enfants, que j’ai pu rencontrer, sont venus seuls parce qu’ils n’avaient pas eu les moyens de payer les passeurs pour une famille entière.

 

-Une fois de plus, d'après ton expérience, quel était le niveau de vie moyen des personnes que vous recevez, sont-ils diplômés ?

 

 


C’est assez aléatoire, même si en 3 ans, j’ai vu, à mon niveau, une évolution.

 

En arrivant au CADA, j’ai rencontré beaucoup de personnes diplômées qui avaient de bonnes situations dans leurs pays. Souvent, c’était difficile pour eux. Ils ont toujours connu une vie avec des domestiques, peut-être du pouvoir et sans doute assez d’argent pour ne pas se préoccuper des dépenses. En partant, ils ont tout perdu.


Aujourd’hui, j’ai l’impression de plus fréquemment accompagner des personnes qui ne sont jamais allées à l’école ou très peu. Il y a beaucoup de personnes analphabètes, ce qui rend l’apprentissage du français encore plus compliqué. Ces personnes n’avaient pas un niveau de vie très élevé. Ils pouvaient être paysans et travaillaient dans la ferme familiale par exemple.

-Un DA peut-il travailler en France ?

 

 


Non, en règle générale, un demandeur d’asile n’a pas le droit de travailler. Mais, il existe une exception dans la loi. Dans la loi de 2015, il était dit que si le demandeur d’asile n’avait pas de réponse à sa demande sous 9 mois, il pouvait demander une autorisation pour travailler. Ce délai est ramené à 6 mois avec la nouvelle loi. Dans la réalité, même si j’ai vu des personnes attendre plus de 9 mois et parfois demander une autorisation à travailler, je n’ai jamais vu un demandeur d’asile autorisé à travailler. La procédure pour cette demande d’autorisation est longue et compliquée et souvent la réponse de la demande d’asile arrive avant.

 

 


-Lui propose t-on un emploi en fonction de ses compétences ?

 

 


Non, pas du tout. Pour demander une autorisation de travail, le demandeur d’asile doit présenter une promesse d’embauche. Il est difficile d’en obtenir une et pratiquement impossible d’en trouver une correspondant à ses compétences. Les diplômes ne sont pas reconnus en France, il faut demander une équivalence et souvent cela ne correspond pas.

 

 


-Les enfants sont-ils scolarisés ?

 

 


Oui, l’obligation de scolarisation est la même pour tous les enfants. Lorsque les familles arrivent en CADA, cela fait partie de mes missions de les aider à scolariser les enfants. C’est une étape importante pour les familles qui sont très en demande que leurs enfants soient scolarisés. Malheureusement, il y a peu de moyens au sein de l’Éducation Nationale pour accompagner ces enfants, notamment par rapport à la barrière de la langue.

 

 

 


 -Les DA bénéficient-ils des mêmes allocations qui sont attribuées aux français ?

 

 


Les demandeurs d’asile ne perçoivent que l’allocation pour demandeur d’asile  (ADA). Ils n’ont pas droit à une autre allocation sur le territoire. Cette allocation leur permet de subvenir à leurs besoins alimentaires et vestimentaires. S’ils travaillent et ont plus que le montant du RSA, l’ADA s’arrête.
 

A partir de quand et quelles sommes un DA reçoit-il mensuellement ?

 

 


Pour faire simple, le demandeur d’asile peut avoir l’allocation à partir du moment où il a déposé sa demande d’asile. La somme change en fonction de la composition familiale.

 

Par exemple, c’est 6,80 euros par jour pour une personne seule, 10,20 euros pour 2 personnes… Beaucoup d’informations circulent sur cette allocation et notamment la carte qui l’accompagne. Pour bénéficier de cette allocation, ils ont une carte de retrait. Pas une carte bleue qui sert à payer dans les magasins. Une simple carte de retrait. Elle n’est pas du tout illimitée comme j’ai pu le voir à de nombreuses reprises.

 

Pour vous donner une idée, une personne seule perçoit environ 200 euros par mois. Les personnes peuvent utiliser la carte 3 fois dans le mois, après la carte se bloque. S’il reste de l’argent ? Il faudra attendre le mois prochain pour l’avoir. S’il reste 6 euros ? Idem,…


Les personnes ne disposant pas d'hébergement perçoivent une allocation supplémentaire de 7,40 euros par jour. Celle-ci s'arrête le jour où une solution d'hébergement leur est proposée.


Document OFII

-La France est-elle considérée comme l'Eldorado par les DA avant leur arrivée ?

 

 


Là encore c’est difficile de répondre. Il y a des pays dans lesquels des réseaux de passeurs promettent monts et merveilles aux gens. D’autres pas du tout. Je pense que ce n’est pas seulement la France mais plutôt une situation européenne et occidentale globale. Pour les demandeurs d’asile qui demandent une protection internationale, je pense que la France comme beaucoup de pays européens, peut être vue comme l’Eldorado en matière de démocratie, de droits de l’Homme, de liberté d’expression, liberté de circuler, protection par les forces de l’ordre,… pas sur le plan économique.

 

Ce que recherchent les demandeurs d’asile, c’est une protection pour survivre. Pour ma part, je me questionne toujours sur le fait que les gens préfèrent être dans la rue ici que chez eux. Je pense qu’il ne faut pas grand-chose pour être l’Eldorado à leurs yeux. 

 

 


-Comment les DA apprennent-ils le français ?

 

 


Je ne peux parler que de mon expérience. Au sein de notre CADA, nous avons 2 bénévoles qui proposent des cours de français 2 fois par semaine. Certains peuvent bénéficier de cours au centre social également en complément 1 fois par semaine. Mais il y a une inégalité totale entre les personnes.

 

Si vous êtes à Paris, Bordeaux ou dans une petite commune de province, vous n’aurez pas accès aux mêmes dispositifs (associations). Il n’y a aucun moyen financier ou humain mis en place pour l’apprentissage du français pour les demandeurs d’asile. C’est du bricolage. S’ils obtiennent la protection internationale, ils pourront bénéficier d’heures de français obligatoires (200h maximum jusqu’à maintenant).

 

 


-Pourquoi choisissent-ils la France ?

 

 


Ils ne choisissent pas forcément la France. Parfois ils n’ont pas le choix. Certains veulent passer en Angleterre mais n’y arrivant pas, déposent une demande d’asile ici.


D’autres choisissent la France parce qu’ils sont francophones, ou encore parce que des amis ou de la famille sont ici. Et pour ceux qui choisissent la France : la France est historiquement une terre d‘asile et le pays des Droits de l’Homme. Je comprends que ça puisse faire rêver quand on sait ce qu’ils vivent.
 

-Y a t il plus de DA en France par rapport aux autres pays européens ?-Est-il plus facile d'obtenir des papiers en France plutôt que dans les autres pays de l'Europe ?

 

 


Les politiques migratoires se resserrent partout. Les chiffres de 2018 sont en train d‘arriver et a priori, le taux de protection au niveau européen aurait chuté de 6 points. La France reste derrière l’Allemagne en terme de demandes d’asile. Pouvoir déposer une demande d’asile devient de plus en plus difficile. Si on ramène le nombre de demandes d’asile par rapport au nombre d’habitants, la France est le 13ème pays européen…

 

Mais il ne faut pas seulement comparer le nombre de demandes d’asile mais aussi le nombre de protections accordées, et ramener ce chiffre en rapport avec le nombre d’habitants. En 2017, il y a eu environ 100 000 demandes d’asile en France. En 2018, 113.322. Sur ces chiffres seulement 36 % ont obtenu une protection. Ça reste très peu à l’échelle européenne et mondiale. Ça représente 42 000 personnes.

 

Alors certains diront que c’est toujours trop. Mais la majorité des migrants ne vient pas en France, ni en Europe. Les personnes fuient leur pays en allant dans les pays limitrophes. Et là on parle de millions de personnes. Donc, nous ne sommes pas envahis.

 

-Que proposez-vous au quotidien aux DA hébergés au sein du CADA dans lequel tu travailles?

 

 


Les personnes que nous accompagnons bénéficient d’un accompagnement social et juridique. Mon travail est de les aider à accéder aux soins et à la scolarité pour les enfants.

 

Mes collègues juristes les aident à préparer les entretiens et procédures avec l’OFPRA et la CNDA. Mon travail sera ensuite de les aider sur le volet de l’insertion s’ils sont protégés. Trouver un logement, avoir des ressources,… Il y a également des activités qui leur sont proposées : cours de français, ateliers d’informations sur la citoyenneté, sur la demande d’asile, sur la laïcité,… Il y a aussi des activités plus ludiques comme du sport, des ateliers créatifs, des ateliers cuisine,…

 

Mais globalement la gestion de l’attente en CADA est un vrai problème. Les délais de procédure sont très aléatoires malgré les délais inscrits dans la loi. Certains vont avoir une procédure qui va durer 4-6 mois et d’autres 3-4 ans… Et cela ne veut pas forcément dire qu’ils seront protégés par la suite. C’est assez compliqué pour eux de vivre cette attente avec cette épée de Damoclès au dessus de la tête toujours présente.

 

 


-Les personnes que vous recevez sont souvent traumatisées par les événements qu'ils ont vécus, un suivi psychologique leur est-il proposé systématiquement ?

 

 


Malheureusement non. Nous n’avons pas les moyens pour cela. Les services psy sont débordés et n’ont pas les moyens pour bien travailler actuellement et cela pour tous les publics.

 

Les demandeurs d’asile n’échappent pas à la règle. Les services psy refusent souvent le public des demandeurs d’asile car il y a la barrière de la langue (l’interprétariat n’est pas ou très peu accepté. L’interprétariat par téléphone est refusé par beaucoup et physiquement, il n’existe pas d’interprète), les problématiques sont complexes (psycho-trauma liés aux parcours de vie donc prise en charge spécifique qui demande d’être formé) ...bref, là encore ce n’est pas du tout équitable.

 

A Paris ou d’autres grandes villes, il existe des associations qui peuvent travailler sur cela. Mais en province, dans une petite ville, il n’y a pas de moyen et donc pas de suivi psychologique possible.

 

 


-Dans les CADA, avez-vous des budgets conséquents pour venir en aide à cette population ?

 

 


Pas sûre que j’arrive à répondre sérieusement à cette question ;). Bon déjà, on est un établissement social donc clairement le social en ce moment,… bah… y a pas d’argent. Comment dire, non, on a pas de budget conséquent. Pas du tout.

La parole est à toi, veux tu rajouter quelque chose ?

 

 


Oh sur le sujet, je peux dire beaucoup mais je veux juste ajouter un ou deux points importants. Alors, mes propos vont peut-être être un peu politiques hein mais j’assume. D’abord, j’entends et je comprends qu’on puisse être énervé quand on entend que des fonds sont dégagés pour l’immigration tout ça tout ça. (l’information est-elle vraie, ça c’est autre chose).

 

J’entends qu’on puisse se poser des questions et trouver injuste le fait qu’on aide telle personne alors que nous -mêmes, on galère pour finir le mois. C’est totalement normal selon moi. Et je comprends comment on peut en arriver à souhaiter fermer des frontières. Mais, si, aujourd’hui, des réductions sont faites sur d’autres budgets, si vous avez du mal à finir le mois, si votre cousin qui ne peut pas travailler parce qu’il souffre d’un handicap ne perçoit que peu pour vivre et ne s’en sort pas, ce n’est pas la faute des demandeurs d’asile, ou même des étrangers en règle générale.

 

Ces personnes veulent juste vivre, comme vous et moi. Elles ne font pas, ne créent pas le système. Regardez où ne sont pas appliquées de baisses du budget par exemple. Je vais passer sur l’ISF et compagnie parce qu’on en entend déjà beaucoup parler, à juste titre d’ailleurs. Les salaires de nos dirigeants sont-ils ramenés au revenu moyen ? Connaissez-vous les montants des rémunérations de nos élus ? Après tout, ils nous représentent mais ne sont pas pour autant meilleurs que nous. Chacun a ses compétences. N’hésitez pas à regarder. Je pense que les 200 euros perçus par le demandeur d’asile vous feront rigoler en comparaison. Et ce n’est qu’un exemple.
 

Au delà des remarques sur le fait que les étrangers ont droit à beaucoup d’argent, on entend souvent que l’immigration coûte cher, que beaucoup d’argent va sur ce budget, de l’argent qui est retiré à d’autres publics, sans doute français. Mais tout ça est faux. Des études très sérieuses et validées montrent que l’immigration rapporte de l’argent à la France.

 

Elle ne fait pas perdre de l’argent mais elle en fait gagner. Comment vous allez me dire ? Notamment en créant de l’emploi. Mon emploi par exemple. Et celui de mes collègues, qui allons consommer et donc créer d’autres emplois. Comment autrement ? Parce que quand ces personnes pourront travailler, elles créeront du bénéfice et paieront des impôts.

 


Croyez-moi, les gens que j’accompagne ne viennent pas pour voler vos emplois et vos aides.

 

 

 

Ce sont les personnes les plus souriantes, agréables et généreuses que j’ai connues et qui ne rêvent que de pouvoir vivre et travailler pour être autonomes.

 

 


Alors si vous cherchez des raisons de penser ce système injuste, j’en ai quelques unes :


- Budget asile immigration intégration : 1 Milliard


-Budget sécurité sociale (Sécu, CAF, Retraite,…) : environ 5 milliards


-Fraude fiscale entre 60 et 80 milliards

 


- En 2016, une étude s’est penchée sur ce que coûtaient nos anciens présidents :

Valéry Giscard d'Estaing est l'ancien chef de l'État qui coûte le plus cher aux Français (environ 2,5 millions d'euros par an), devant Nicolas Sarkozy (2,2 millions) et Jacques Chirac (1,5 million) soit 6,2 millions sans compter François Hollande qui s’est ajouté depuis et il ne s’agit que des anciens présidents...


http://www.leparisien.fr/politique/vge-chirac-sarkozy-ce-que-coutent-les-ex-presidents-a-la-republique-28-01-2015-4485953.php
 

mais celui-là donne d’autres chiffres et parle de 10 millions :


https://www.lesechos.fr/05/10/2016/lesechos.fr/0211361316463_ce-que-coute-un-ancien-president-de-la-republique.htm 
 

 

jdis ça jdis rien…

POUR TERMINER DEUX ARTICLES ICI ET LA.

 


Et après tout, c’est quoi une frontière ? C’est juste un trait que des mecs ont tiré sur une carte.

 

Allez, peace !

N'hésitez pas à diffuser ces informations autour de vous et même sur les réseaux sociaux !

© 2018 by Graine & Regain                                                                                                                                                                                                   Logo Alexane REIBELL